Par Sarah - 23 mar.
Histoire courte Palatino

Ce texte a été écrit par Irène Louÿs dans le cadre de l'atelier "Ecrire de la littérature érotique" d'Emma Foster, en mars 2017 (Les Mots, saison 1).

La consigne : à partir d’un pitch (point de départ) établi par une autre membre du groupe, il faut rédiger un texte érotique qui, sans aucune introduction préalable ni explication de début plonge tout de suite dans une scène de sexe. A travers cette scène de sexe, il faut faire émerger l’histoire.

Le pitch : Le soir. Trois femmes, un train.

Dans le wagon lit, Livia et Clara, de concert, sans un mot ont pris l’étrangère en sandwich. Elle a poussé un cri étouffé – mais son regard montrait bien qu’elle avait senti l’assaut monter depuis déjà plusieurs minutes, et n’avait pas essayé de s’y soustraire ; Le Palatino roulait vite maintenant, dépassait Fontainebleau, commençait dans le froid de la nuit son long trajet vers Rome.

Dans le compartiment, la fille haletait alors que Livia, placée derrière elle, de ses mains puissantes aux ongles courts, s’était saisie de ses tétons, les pinçait, les caressait, la maintenant à mi-chemin entre la plainte et le gémissement de plaisir. Devant elle, Clara, lui avait délacé le jean, et s’agenouillant, ses longs cheveux blonds brillant dans la lumière feutrée, descendait doucement à la fois le pantalon et la culotte blanche en coton. Elle ébouriffait de ses longs doigts fins la toison rousse et bouclée et, la laissant entravée par le pantalon descendu sur ses chevilles, écartait de ses deux pouces les lèvres, découvrant la couleur délicate de son clitoris.

« Aspetta, aspetta… » - attends, disait la fille en italien, dans un petit sanglot. Elle était plus jeune que les deux amantes, ne devait avoir que vingt ou vingt-deux ans, et qui sait seulement si quelqu’un, homme ou femme, l’avait jamais touchée ainsi. Une petite étudiante, venue d’Italie s’éclairer à la lumière prestigieuse de la Sorbonne, ou une fille au pair. Ce qui était remarquable, c’est que pas un instant elle n’avait fait mine de se rebeller. Elle les avait vues monter derrière elle à la gare de Lyon, puis s’installer dans le même compartiment de wagon lit, déjà résignée (ou impatiente) de les voir la prendre sans autre forme de procès. Elle secouait la tête, faisant onduler ses cheveux roux de pâtre bouclé, mais ses tétons pointaient sous l’étreinte de Livia et, d’un mouvement involontaire, elle poussait son mont de Vénus vers la bouche toute proche de Clara, qui se pencha vers ses petites lèvres roses et se mit à la lécher avec un rythme lent et régulier.

Maintenant Livia empoignait ses seins, menus et pointus, d’une seule main, en les serrant alternativement l’un après l’autre. Passant entre les jambes de la petite, sa main droite avait rejoint la bouche de Clara, l’avait brièvement caressée en interrompant un moment le mouvement de sa langue sur le sexe de la jeune femme. Puis, les doigts mouillés à la fois de la salive de Clara et des jus de la fille, elle était remontée jusqu’à sa rosette et avait agacé de son pouce l’anneau serré, alors que Clara recommençait à lécher avec énergie, tout en pénétrant de deux doigts le vagin trempé de la jeune femme. Ne tenant presque plus debout celle-ci s’était mise à onduler brusquement des hanches d’avant en arrière, avant de jouir dans un cri à la fois plaintif et extatique.

Alors, pendant que le train fonçait dans la nuit, elles la soulevèrent et la posèrent sur le petit lit du bas, la caressèrent doucement et affectueusement, comme des grandes sœurs. « Comment t’appelles-tu ? ». Une fois qu’elle aurait prononcé son nom, elle ne serait plus une proie anonyme. Mais elle ne serait plus elle-même non plus. Au fil du long chemin qui de ville en ville amenait le train vers Rome, au fil des heures nocturnes au cours desquelles Livia et Clara lui feraient l’amour, se feraient l’amour, elle arriverait, à neuf heures quarante, à la gare de Termini, transformée pour toujours.

Irène Louÿs