Sarah - 30 août
Un voyageur clandestin

Ce texte a été écrit par Amos Mizrahi, 11 ans, lors d'une journée de stage avec Paul Thiès le dimanche 18 juin 2017, pendant la deuxième saison des Mots.

Consigne : le voyage clandestin. 

Jack Hernston était sur l'Écrin de Fer, un ferry qui faisait la navette entre l’Irlande et l’Amérique. Là-bas il espérait pouvoir commencer une nouvelle vie, loin du conflit qui faisait rage entre l’Irlande et l’Angleterre depuis bientôt cinq ans.

Son grand frère était mort à la guerre alors que Jack n’avait que 13 ans. Trois ans plus tard, des soldats britanniques enfonçaient la porte de la petite maison du village de Gauntor où Jack vivait avec sa famille et tuaient les habitants de la maison. Jack avait heureusement pu échapper au massacre car sa grande sœur l’avait envoyé chercher deux bouteilles de vin à la cave. Lorsqu’il était remonté, ses deux bouteilles à la main, il avait vu les cadavres de sa sœur et de ses parents baignant dans leur sang. Il avait aussitôt décidé de fuir ce pays en guerre pour aller en Amérique, pays libre et séparé de l’Irlande par l’Océan tout entier.

C’est ainsi qu’il s’était retrouvé sur le pont de l'Écrin de Fer. Jack avait 16 ans, taille moyenne, yeux marrons, cheveux noirs souvent en bataille, peau légèrement bronzée. Jack n’avait plus d’argent depuis qu’il avait acheté sa place sur l'Écrin de Fer, avec les économies de sa défunte famille.

Jack repensait à tout ça quand, soudain, il vit deux hommes portant l’insigne de la police irlandaise accompagnés d’un officier du bateau, Matt Fouldry, un alcoolique, ivre la plupart du temps. Jack sut d’instinct qu’ils le cherchaient pour avoir passé illégalement la frontière irlandaise. Il se mit à courir vers la poupe. Il connaissait le sort qui lui était réservé si les policiers le capturaient : il serait exécuté. Les policiers, le voyant s’enfuir, le poursuivirent. L’officier Fouldry, saoul, une fois de plus, courait en zigzag, se heurtant de temps en temps à divers objets ou personnes. Profitant que les policiers ne le voyaient pas, Jack ouvrit la porte d’une chambre pour se cacher. Il entra et ferma brusquement la porte. À travers le petit hublot aménagé dans la porte, il vit s’éloigner ses trois poursuivants. Il s’allongea sur le lit de la cabine et s’endormit.

         Il fut réveillé quatre heures plus tard par le cri suraigu d’une femme qui venait d’entrer dans la pièce. « - Mais que faites-vous ici ? C’est ma cabine, je l’ai payée ! Sortez d’ici tout de suite, je vous prie ! ». Jack se leva et sortit précipitamment de la cabine. Tout en vérifiant si les policiers ne se montraient pas, Jack regagna sa cabine personnelle. Là, il sortit de sa valise une photo de sa famille et la contempla pendant de longues minutes avant de s’endormir. Le lendemain, il ouvrit les yeux et sortit de sa chambre… pour se retrouver nez-à-nez avec M. Cord, un homme grand, maigre, avec les cheveux roux, les yeux verts et une petite bouche fine. C’était l’un des deux policiers. Il avait son revolver braqué entre les deux yeux de Jack.

Il intima à Jack l’ordre de le suivre jusqu’à une petite chaloupe sur le côté de l’Ecrin où l’attendait M. Slek, le second policier, petit, trapu. Avec sa petite barbe il faisait penser à un nain du folklore irlandais. Pour y accéder il fallait descendre une échelle. Alors que M. Cord commençait à descendre l’échelle pour accéder à la barque, Jack donna deux coups de pieds à M. Cord, le premier, dans la main droite, le désarma tandis que le second, sous le menton, le fit tomber à la mer. M. Slek sortit son pistolet et le pointa vers le haut de l’échelle, mais Jack était déjà parti. En marchant vers la barque il avait compris que les policiers savaient où était sa cabine et qu’il n’y était pas en sécurité. Il décida que pendant les trois jours de voyage qu’il restait, il se cacherait et n’irait pas prendre ses repas dans la salle à manger commune : c’était trop risqué. Il préférait voler dans les cuisines que de mettre sa vie en danger.

         Le premier des trois jours se passa sans encombre, le deuxième aussi. Malheureusement, le dernier jour, alors que Jack était en train de manger dans la cale, les deux policiers arrivèrent en lui bloquant la sortie. Il fut capturé : « -On va t’amener en Amérique, puis on prendra un bateau pour retourner en Irlande où on t’exécutera en public », dit M. Slek.

         Le soir, ils accostèrent. Jack suivit les policiers dans New York. Soudain, il envoya un crochet droit dans la mâchoire de Cord et un coup de pied dans l’estomac de Slek, puis s’enfuit en courant.

         Les cinq jours qui suivirent, il vécut dans la misère, faisant la manche pour survivre. Le sixième jour, il réussit à trouver du travail dans un garage. Quand il entra dans le bâtiment délabré, il ne sut pas où aller. Il alla vers un garçon de son âge : « -Pardon, où est le bureau de Monsieur… Londoke ?, demanda Jack en regardant sur la feuille où il avait noté le nom de son employeur.

-          Comment tu t’appelles ? dit le garçon.

-          Jack, et toi ?

-          Mortimer, mais appelles-moi Mort. Pour répondre à ta question, Jack, le bureau du boss est là-bas, dit Mort en indiquant une direction.

-          Merci, Mort, répondit Jack. »

Jack alla vers la porte que lui avait pointée Mort et entra. Dans la pièce, il y avait un homme assit derrière un bureau. L’homme dit : « -C’est toi la nouvelle recrue ?

-          Oui.

-          Tu travailleras dans la section 1B.

-          D’accord Monsieur.

-          Au revoir.

-          Au revoir. »

Jack sortit de la pièce et alla rejoindre la section 1B.

Mort était dans cette section. Il était grand pour son âge, avait les cheveux blonds et les yeux bleus. Au bout de quelques jours de travail, Jack découvrit que le garage était aussi une plateforme de trafic de drogue. Ayant toujours été très honnête, Jack proposa à Mort d’arrêter de travailler au garage. Lorsqu’ils voulurent présenter leur démission au boss, il leur dit que s’ils arrêtaient de travailler, il enverrait des hommes les passer à tabac. Jack et Mort choisirent de partir en secret.

Le lendemain, à l’aube, ils partirent et marchèrent jusqu’au port. Là-bas, ils prirent un bateau pour aller à San Francisco, de l’autre côté de l’Amérique. Le voyage dura quatre semaines et trois jours.

Arrivés à San Francisco, ils trouvèrent un travail. Quelques mois plus tard, ils achetèrent un appartement dans le centre-ville.

Un jour, Jack vint me voir, moi, un simple journaliste et me raconta son histoire en me demandant de la publier pour que les gens le comprennent et qu’il puisse obtenir des papiers d’identité et la nationalité américaine. Je fis ce qu’il me demandait.

         Son stratagème marcha à merveille. Il put enfin vivre comme quelqu’un de normal.

Amos Mizrahi