Torpeur

Je le vis. Il me vit. Nous nous vîmes.

Dans la pénombre de la salle de la Coupole à Montparnasse, il était là! Debout avec son polo blanc et dickies beige. Oui, il était swagué. Il se tenait là entouré de trois potes. On se regardait, je le regardais. Statique, telle une couillonne. La salle était en ébullition, la musique tonnait, la foule suait, les murs suintaient.

Mais nous, nous étions là. Arrêt sur images. À nous fixer tels des andouilles. Je ne saurais dire combien de temps dura ce long moment de torpeur sous la célèbre coupole peinte. Mais Cabo Verde me sortit de cette léthargie quand elle me secoua pour je ne sais quelle chanson de notre adolescence. Je mis quelques secondes à réagir mais en une minute top chrono, j'avais déjà lâché le morceau.

Je chuchotais, non pardon, j'hurlais pour lui expliquer l'instant de grâce que je venais de vivre. J'étais au bout de ma vie, à bout de souffle, en transe, juste pour lui expliquer que ce soir, j'allais"graille", j'allais mettre des coups de fusil, qu'il y avait de la "devian". Et folle comme nous sommes, on cria "charal" en s'excitant de plus belle sur cette piste bondée.

La soirée était lancée. Et j'étais déter. Frappée par cette beauté qui n'était pas de mon goût en temps normal. Car moi j'aime la négritude. J'aime quand on est bleu de peau et à point physiquement. On se comprend hein ...

Mais lui, c'était un chabin. Chabin mais avec son déhanché chaloupé, ces longs cils de femme, sa fine bouche à faire frémir les anges. Hé Dieu, quel sacrilège !

Alors je t'en supplie chabin : "serre-moi", "embrasse-moi", "viole-moi", "ne me respecte pas". Dieu te le rendra!