Ici le soleil, il est froid.
Consigne: Écrire le point de vue d'un enfant à partir de textes de Kateb Yacine Nedjma et de Monique Wittig L'Oppoponax

On est au port. Papa travaille là. Aujourd’hui, nous on part. Lui il reste. On rentre en France. Pas pour des vacances. Pour combien ? 

À Marseille, on débarque. Y’a pas la neige ! Et on comprend pas les gens. Ils parlent pas français ? On trouve quand même la gare. Les valises, on les monte dans le train, et nous aussi… jusqu’à Paris. Là on prend le métro. Et un autre train. C’est moi qui lis les indications parce que ma mère, elle sait pas lire le français. Je me suis pas trompée : on est arrivées à Chartres.

Le tonton André vient nous chercher à la gare. On va habiter chez eux. L’école ? J’y vais sans changer de trottoir. 

Ma classe c’est celle de Madame Giquel. Ici, tous les élèves ont des ancêtres gaulois. Pas comme à El Biar ! Y’a trois rangées, les élèves sont assises comme elles sont classées : du côté des fenêtres, à droite de la maitresse,  y’a les premières et du côté de la porte, y’a les dernières de la classe. Moi j’suis arrivée en mai alors on me met là où y’a de la place. Ben après, je l’ai drôlement regrettée ma place de nouvelle ! Dans le coin droit de chaque table y’a l’encrier. Avec de l’encre violette. Ça va, je suis droitière et je fais presque pas de taches. La plume elle crisse. J’aime bien mon cahier d’écriture : une page j’écris tout droit, une page j’écris penché. Madame Giquel aime pas du tout. Je suis grondée. Il faut choisir ! Je comprends pas. Mes rédactions aussi, elle aime pas. Je sais pas pourquoi. Moi j’aime bien raconter quand le dimanche on allait sur les rochers chercher les oursins et dans les petits bistrots de bord de mer avec les parents. 

Ici le soleil, il est froid.

Après Papa est revenu. Ici y’a pas la mer. Il travaille à l’aéroport. C’est loin. On habite une petite maison que pour nous. Je change d’école encore ! J’ai plus envie de me faire des copines. Je sais qu’après, faut les quitter. Je deviens pensionnaire chez les sœurs. Y’a un dortoir et j’ai un trousseau avec un peignoir bleu turquoise ! Je trouve ça chic d’avoir plein de vêtements tout neufs. Mais quand je mets mon pantalon, la sœur me gronde, je dois mettre une jupe par dessus. Même avec le tablier ! Je suis copine avec Odile. Sous son tablier elle est bien habillée. Sa maman m’invite à la campagne. Je donne le petit carton aux parents. Ma mère a dit : seulement une fois. On peut pas rendre pareil. Odile c’est la plus grande de ses frères et sœurs. Ils sont six enfants. Pour deux jours, je suis plus fille-unique ! 

Après le spectacle de fin d’année, ma mère apporte des cadeaux à la maitresse. Très beaux et très grands. La maitresse est aux anges. Moi j’ai honte. Ici, ça se fait pas.