Sarah - 06 juil.
Apprendre à intégrer une scène érotique dans une narration

Ce texte a été écrit par GAB pendant la deuxième saison des Mots, lors de la flash session avec Emma Foster le 06 juin 2017, "Apprendre à intégrer une scène érotique dans une narration".


À toute oreille qui s'attarde, il trouve à redire. L'alcool est devenue sa compagne, le barman un ami. De ces gars d'infortune qu'on range sous le coude pour quand il faudra le lever. Ancré dans le bois, les jambes vermoulues, il n'existe pas au dehors. Se plaindre au tout venant est un salut bien maigre, mais une corde reste une corde, et la bar sa prison.

Lorsqu'elle entre, le visage ensanglanté, c'est pour mieux cacher ses pleurs. La rage, elle voudrait ne pas la contenir, mais s'y trouve forcée. Alors, elle se contente d'essuyer ses larmes et se pose au comptoir. On la sert mécaniquement. Tant mieux. À boire. N'importe quoi.

Au coin, le pleurnichard renâcle. Elle a l'air plus amochée que lui. Rien à en tirer.

Mais dans le regard de la nouvelle, shot après shot, on voit bien que ça bouillonne. Minute papillon ! Tu lui donneras une autre chance, et il te tuera. C'est écrit. Et tu ne peux rien y faire car tu n'es rien sans lui...

Le poivrot, soudain supérieur, se gonfle de conseils :

"Faut pas se mettre dans ces états..."

Elle se rue sur lui et l'embrasse. Ça lui fait tout drôle, à lui, ce baiser chaud et mêlé d'alcool. Il en redemande, cherche sa langue avec maladresse, s'étonnerait presque qu'elle fonctionne encore.

Elle sent qu'il s'interroge. S'il te plaît, laisse-toi faire. Elle lui passe une main derrière la nuque et le ramène à elle. Les tabourets vacillent puis tombent. On est debout. Il fait deux têtes de plus qu'elle, mais c'est elle qui mène la danse. Hors de question qu'elle se brise la nuque, elle va au plus direct et plaque sa main contre sa bite. Pas de caresse. Le barman grogne.

Viens. Elle prend le bras de l'autre qui bande sans savoir ce qui l'attend. Au fond, les toilettes pour hommes.

Dans le miroir, elle jette un coup d'oeil à cette catin aux cheveux défaits, le visage barré de sang. C'est presque si elle lui sourit. Voilà l'autre qui brave l'interdit et voudrait parler. Mais tais-toi.

Le pantalon tombe, révèle un slip boursoufflé. La bête est belle, lourde. Elle dégage le tissu ; la chair se dresse sur le côté, le gland qui suinte. Elle le frappe du dos puis du plat de la main. Il la boucle. C'est bien.

D'un geste sûr, elle lui saisit les couilles, les soupèse, s'émerveille de leur consistance. Que se passerait-il si elle les broyait ? La bourse semble prête à éclater. Elle serre. Il halète. De l'autre main, elle empoigne la hampe et commence à le branler.

Le traitement est drastique ; la bite se gonfle davantage. On pourrait en faire quelque chose... Quelques à-coups, et c'est le sperme qui lâche. Quelle merde !

Elle retient un coup. La pulsion. L'arrêt. Ses jambes tremblent et gonflent. Elle voudrait déchirer son jean, regrette qu'il n'y ait pas de scratch. Le tissu tombe. Le pantalon aux chevilles, elle nargue un temps son jouet qui s'est assis sans mot dire, se cambre tout en lui refusant son sexe, puis s'accroupit sans le quitter des yeux.

Elle mordille sa lèvre inférieure, se fait chienne, hésite, lui prend la main et la fourre contre sa chatte. La paume est rugueuse. Sa chaleur la pénètre, lui fouille le ventre. Elle mouille, et à l'idée que cette eau se déverse contre la chair brûlante et sale, elle s'excite plus encore.

D'un doigt, elle guide l'index au coin des lèvres, esquive sciemment son bouton. Elle préfère caresser alentours, sans trop se presser. À chaque frôlement maladroit, c'est autant de frissons qui la parcourent. Il faut pourtant s'y résoudre, les cuisses grandes écartées, elle presse le doigt contre son clitoris.

La décharge est immédiate. Plus, il lui en faut plus. C'est elle qui se perd désormais et devient l'objet de son fantasme. Son souffle se fait lourd. Elle ondule. Le doigt se décolle et peine à maintenir la cadence. Elle l'abandonne pour sa propre main.

Du bout des doigts, elle découvre chaque pli, se fraie un passage entre les lèvres gonflées, pince son bouton. La scène s'efface ; la jouissance monte. Elle n'est soudain plus que chair, et de chair elle se fait crampe, et de crampe elle se fait spasme. Dans un cri sans retenue, elle exulte cette passion qui la frappe, blesse ses genoux contre le carrelage. L'autre a disparu. Tout s'en est allé.

GAB